28 janvier 2006
Quid de la présence du discours stratégique dans l’Entreprise et dans la Politique ?
Des ouvrages tels que La Stratégie de Jean-Paul Charnay (Ed.
PUF) nous définisse le concept de stratégie. Ce concept est unanimement
d’origine militaire. Il est pourtant habituel d’entendre ce terme appliqué à
l’entreprise. Les auteurs définissent cependant les applications civiles de la
stratégie comme des dégradations du concept militaire.
L’aspect militaire dans le monde de l’entreprise passe essentiellement par le
discours. Ainsi, dans Strategy Safari, H. Mintzberg & Associés, Ed. Free
Press, page 95, les auteurs nous dressent un tableau citant les principaux
termes militaires employés par Quinn. Ces termes permettent de créer l’analogie
puis la métaphore entre la stratégie militaire et l’économie.
Ce discours a, par exemple, été utilisé par Fayol en 1916
(Administration des Entreprises, Ed. des Organisations). Cet ingénieur des
Mines remet sur pied une entreprise en n’appliquant que des préceptes
militaires.
De même, en 1959, les Belges mettent sur pied l’état rwandais. Le responsable
est un logisticien, ancien militaire.
Cependant, dans les discours militaires et les traités qui y
sont consacrés, il est unanime de dire que toute stratégie mène obligatoirement
à la violence (physique ou indirecte).
Aujourd’hui, ce sont les hommes politiques qui utilisent les discours
militaires de façon systématique. Cette dérive du langage pourrait être,
semble-t-il, dangereuse.
Les récentes émeutes urbaines qui ont eu lieu en France en
sont le reflet. En effet, la violence des discours de Nicolas Sarkozy,
employant des images telles que « nettoyer au Karcher », est d’une
rare violence. Si il est évident que ce ne sont pas ces discours seuls qui ont
été la cause des évènements qui ont suivis, ils y ont tout de même largement
concouru.
La suite des évènements est d’autant plus intéressante que l’analogie avec le
monde militaire est très forte. Le gouvernement, sous l’impulsion de Nicolas
Sarkozy, décrète « l’Etat d’urgence » dans tout le pays. Cela n’a peut-être
pas ému une bonne partie de la population qui n’a pas vu la différence avec le
passé. Néanmoins et pour rappel, cette loi fut votée historiquement pour gérer
le conflit en Algérie. Elle est requise durant les évènements où la sécurité
intérieure du pays est mise en danger et permet au gouvernement de promulguer
des lois sécuritaires sans rendre de compte aux assemblées. Il s’agit là de
court-circuiter tout le législatif. Ces systèmes sont calqués sur les
dictatures militaires, le pouvoir étant confiné entre les mains d’un très petit
nombre de personnes.
Ne voyez pas ici une critique de notre Ministre de l’Intérieur ou de notre
Gouvernement. Etant adhérent UMP, je ne me permettrais pas de critiquer si
ouvertement un parti pour lequel je voterais certainement en 2007 mais aussi à
chaque élection. En revanche, je trouve particulièrement inadaptées les
nouvelles politiques de communication des hommes publiques, certains ayant été
élus et devant donc rendre des comptes à leurs électeurs, les autres nommés
devant donc pallier le manque de confrontation qu’ils ont eu avec le peuple.
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